Réussir sa communication handicap : un enjeu pour l’entreprise et l’institution.

Moins d'une entreprise sur deux est en conformité avec la loi sur l'embauche de travailleurs handicapés. Retour sur une conférence qui se tenait à l’initiative du cabinet Quatre Vents.

Handicap : savoir-faire et faire savoir

Le durcissement au 1er janvier 2010 de la pénalité appliquée aux entreprises qui comptent moins de 6 % de handicapés est en train de faire son petit effet. On l'a vu à l'occasion de la dernière matinale organisée par Quatre Vents, l’Usine Nouvelle et Emploi-Pro.fr sur le thème : Réussir sa politique « Handicap », un enjeu pour l’entreprise et l’institution. Près de 300 participants avaient fait le déplacement, de nombreuses grandes entreprises françaises avaient répondu présent.


« Le handicap, personne n’en parle dans ma boîte et personne ne sait comment en parler ».
Le constat est radical à l’heure du café dans les salons d’Eurosites de la rue de Liège à Paris : le handicap dans l’entreprise est un chantier qui commence à peine. Moins d’une entreprise sur deux serait en conformité avec la loi sur l’embauche de travailleurs handicapés. Une loi qui place la barre très haut et qui est encore loin de faire l’unanimité.

C’est ce qui ressort de l’étude Quatre Vents présentée pour l’occasion. Le texte a, certes, ses partisans – 47 % des sondés sont en total accord avec la plus grande sévérité des sanctions prévues – mais près d’une personne interrogée sur deux juge tout de même que la contrainte légale n’est pas la meilleure solution.

Au nom de la loi

« Nous avons encore du chemin à faire, notamment sur les problématiques de recrutement et de détection » a reconnu un des intervenants de cette matinée, Christian Guet, le DRH de Lagardère. Son confrère Fabrice Losson, Directeur Recrutement et RSE de Logica a évoqué « un taux de 6 % difficile voire impossible à atteindre » tout en reconnaissant que « seules les contraintes financières vont bouger les managers ».

Dans un secteur où les travailleurs handicapés ne sont que 0,3 %, Logica se distingue nettement avec un taux de 1% et un objectif à 2 % d’ici 3 ans. Une ambition qui peut paraître très modeste mais tous les témoins de cette conférence l’ont souligné : le sourcing des futurs collaborateurs handicapés est problématique en France. Illustration chez EDF où le recrutement spécifique de handicapés se heurte à la typologie des populations de l’entreprise. Pas de problème pour les fonctions commerciales où les handicapés représentent un peu plus de 10% des embauches. En revanche, du côté des techniciens, où EDF recrute massivement en ce moment, ce taux n’atteint que 3 à 4 %.

« Ne vous demandez pas ce que vous pouvez faire pour les handicapés…
Recruter des collaborateurs handicapés, surtout à un certain niveau de responsabilités, est donc plus compliqué qu'on ne l'imagine. Le cadre handicapé est en effet une denrée rare sur le marché. Dans 80 % des cas, les personnes handicapées ne disposent que d’un BEP et seuls 7 % d’entre elles ont un diplôme supérieur à bac +2. La formation, un point de blocage donc, comme l’auront souligné de nombreux participants à la conférence. Mais le système éducatif français n’est pas le seul en cause. Ryadh Sallem, champion d’Europe de basket fauteuil et Directeur de l’association Cap Sport Art Aventure Amitié, l’a souligné d’emblée au début de cette matinée : depuis 20 ans, les entreprises se sont spécialisées, des métiers entiers ont disparu du fait du recours accru aux prestataires de services. « La diversité a reculé et avec elle la possibilité d’intégrer les travailleurs handicapés », souligne Ryadh. Handicapé physique, l’homme se bat depuis des années pour changer les mentalités et faire tomber les murs du « ghetto » dans lequel vivent les handicapés. Ses propos auront secoué les participants : « la France construit l’auto-exclusion de ses handicapés. Elle se dédouane en nous offrant prise en charge, soins, structures spécialisées, mais le jour où vous vous sentez assez fort pour prendre votre place dans la société, personne n’est là pour vous accueillir. Dans mon cas, on s’étonnait même de ma volonté de vouloir travailler, comme si cette demande était incongrue. »

… demandez-vous ce que les handicapés peuvent faire pour vous ». Ryadh Sallem
Car les préjugés ont la vie dure. Les handicapés en sont toujours victimes pour 55 % des salariés, selon le sondage réalisé par Quatre Vents. Christian Guet se souvient encore - non sans amertume - d’une opération menée chez Lagardère : la venue de travailleurs handicapés mentaux dans les murs de l’entreprise pour une mission de courte durée. « Nous avions volontairement décidé de ne pas communiquer en interne », se souvient le DRH du groupe. Certains collaborateurs ont très bien réagi mais pour d’autres, la situation a provoqué gêne et embarras. Et Christian Guet de conclure : « si c’était à refaire, je ne le referais pas ». Comment communiquer sur le handicap dans l’entreprise ? Comment toucher l’ensemble des salariés et les rendre acteurs du processus d’intégration des travailleurs handicapés ? L’étude présentée par Eric Matarasso, Directeur Associé du Groupe Quatre Vents l’a illustré. Face à des salariés déjà saturés, multiplier les newsletters ou les journaux internes sur le sujet n’est pas forcément le plus pertinent. Dans le domaine sensible du handicap, les actes ont presque plus d’importance que les mots. L’accent doit être mis sur des actions de communication locales, qui impliquent fortement les collaborateurs. Une méthode dont Fabrice Losson de Logica a découvert les bienfaits presque par hasard, au cours d’un match opposant les valides de l’entreprise à l’équipe de basket fauteuil de Ryadh Sallem : « je ne vous donnerai pas le score… mais en une heure de match, nous avons fait plus qu’en une année de communication pour changer le regard des collaborateurs sur le handicap ». C’est déjà une belle victoire.

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